Manon Alberger

manonalberger.com

Toi M, je ne t’aime pas.

J’ai vécu une histoire dans l’ombre de la vôtre. J’ai eu peur de tes échanges avec lui sur lesquels je tombais par étourderie de sa part ou perversion je ne sais plus. Il était tellement débile à ne rien dire, à ne pas aimer, mais à me retenir. Et moi je me laissais faire à rester, tellement conne aussi. Aussi conne que le reste de l’équipée, sensibilité pastis et vin rouge dans les meilleurs jours.

Tu étais l’aimée, la regrettée de ce gros cœur de pierre. J’ai eu peur de toi, un peu en sachant que toi non plus tu ne reviendrais pas, que tu as du souffrir pour des choses pas toujours semblables aux miennes mais ce genre de choses. Une peur irrationnelle comme face au vide mais pourtant bien tenue à la barrière qui en sépare, on croit pouvoir chuter c’est l’effet vertige. Enfin je dis “toi non plus” mais moi, je suis revenue m’embourber encore et souffrir encore. Me régaler des miettes qu’il me donnait comme on se régale d’un grand festin.

Aujourd’hui je ris et je ris de cette autre M dans sa vie. Que tu as dû rencontrer dans le passé aussi.

Maria, M, Manon, c’est le même prénom, sa fête le 15 août.

Sur Facebook j’ai bloqué les deux frères et les deux M. C’est pas si important mais j’en ai marre d’avoir des suggestions d’amies. Même si j’ai pu imaginer nos conversations de M à M sur celui qui me laissera le plus amer des souvenirs. J’en ai gratté du papier pour comprendre. J’en ai versé des larmes pour me retrouver, écouter ma nature profonde et apprendre à aimer quelqu’un qui m’aime.

le 18 juillet 2018,

Je me suis baignée dans le torrent plus bas, à Bastelica. Après la baignade, je me suis assise sur un rocher large et plat, là, au milieu de l'eau.
Bruno descendait le courant en rasant les pierres rondes du fond, puis il le remontait presque toujours en apnée.

J'ai fait quelques exercices de yoga, là sur le rocher au soleil de la fin d'après-midi. Et j'ai respiré en contemplant cet endroit magnifique. J'ai photo­graphié dans ma tête le lit de la rivière, des buis, des chênes et toutes sortes de fougères et d'herbes qui la bordent, le pont en arc de cercle parfait qui relie les deux rives et au delà du pont les grands rochers gris qui se baignent comme des hippopotames. Les reflets de lumière sur l'onde vibrante qui descendent au rythme du flux jusqu'à l'ombre du pont projetée sur l'eau.

De l'autre côté, les pierres et les rochers accumulés dans la pente précipitent le volume de l'eau et créent des cascades. L'eau carresse en continue certaines pierres, le mouvement leur crée une peau transparente fluide et glissante et floue.

Les plus gros rochers laissent immerger leurs têtes et observent l'eau couler, Bruno nager et moi profiter de la nature sauvage qui ne m'avait encore jamais offert un spectacle aussi doux.

Je sens l’énergie et le sang circuler dans mes jambes. Tous les jours une marche de 3 ou 4 km c’est le minimum pour mettre le corps en éveil, de bouleverser son stoïcisme. Je renoue avec la femme sauvage. Je suis les gouttes fines de la brume qui pénètrent ma peau et mes cheveux. Je suis ce rocher caressé par les vagues et je suis cette ombrageuse puissance que l’océan possède. C’est la solitude de la réparation d’un cœur tourmenté. Ce temps nécessaire à la constructuion d’autre chose, d’une vie inventée. Je pourrais marcher encore des kilomètres après cette mise en transe par ces quelques premiers.

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